RSI: la spoliation organisée des artisans et commerçants

Venus de toute la France, des petits artisans et commerçants ont manifesté ce lundi à Paris contre les dysfonctionnements du régime social des indépendants (RSI). Pour Eric Verhaeghe, ce régime illustre les dérives technocratiques françaises.

Eric Verhaeghe a été président de l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) entre 2004 et 2009. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages publiés chez Jacob-Duvernet: «Jusqu’ici tout va bien», «Au cœur du MEDEF: chronique d’une fin annoncée», et «Faut-il quitter la France?». Retrouvez ses chroniques sur son site.


Le mouvement de protestation contre le Régime Social des Indépendants, tardivement rejoint par la CGPME, constitue probablement l’une des plus belles illustrations de la dérive dogmatique et idéologique qui sclérose la France depuis une trentaine d’années. Elle montre comment les idéaux du Conseil National de la Résistance, qui prétendaient couvrir les salariés contre les risques cachés de la vie professionnelle, se sont peu à peu transformés en prison de moins en moins dorée pour l’ensemble de la population française.

Le mouvement de protestation contre le Régime Social des Indépendantsconstitue probablement l’une des plus belles illustrations de la dérive dogmatique et idéologique qui sclérose la France depuis une trentaine d’années.

Qu’en 1945 des esprits généreux aient eu l’ambition de mutualiser les risques, comme on dit, et de mettre en place une couverture collective pour «amortir» des chocs sociaux comme la maladie ou la vieillesse, peut tout à fait se concevoir. Rien n’était plus légitime que d’organiser un système de protection où le risque de se retrouver pauvre par accident, par maladie, ou par vieillesse, au bout d’une vie de labeur, était limité par une intelligence collective.

Toute la difficulté vient de la transformation progressive de cet esprit d’intelligence en une volonté de tout régenter et d’enfermer l’ensemble de la population active dans une collectivisation forcée. Cette transformation est d’autant moins supportable lorsqu’elle coûte cher, qu’elle ne fonctionne pas, et qu’elle s’apparente à une spoliation organisée de nos entrepreneurs.

Toute la difficulté vient de la transformation progressive de cet esprit d’intelligence en une volonté de tout régenter et d’enfermer l’ensemble de la population active dans une collectivisation forcée.

La protestation contre le RSI vient d’abord de cette incapacité à rendre les services pour lesquels le régime fut créé. Il est de notoriété publique que le RSI est incapable de collecter correctement les cotisations, et qu’il est tout aussi incapable de délivrer correctement les prestations qu’il doit. C’est un tout petit peu gênant lorsque les bénéficiaires (mais on devrait plutôt dire les victimes) du régime sont des chefs d’entreprise par ailleurs accablés de paperasseries en tous sens, et lorsque le RSI n’hésite jamais à reporter sur eux la responsabilité de ses dysfonctionnements, en recourant à force huissiers et injonctions de payer des sommes aberrantes.

Mais au-delà de ces problèmes majeurs et bloquants, c’est la rationalité même du système de protection sociale qui est mise sur la table. Le RSI illustre en effet à la perfection les dérives technocratiques françaises.

Première dérive: l’illusion du «big is beautiful». Le RSI est né en 2008 de la fusion de trois grandes caisses de retraite spécifiques. Dans la conception mégalomaniaque qui imbibe l’élite technocratique française, le RSI répondait à l’adage: pourquoi faire grand quand on peut faire gigantesque. Au nom de la même logique qui a présidé à la création du montre Pôle Emploi, le gouvernement Raffarin a entrepris de créer un monstre propre à la protection sociale des indépendants. Les arguments fallacieux qui ont justifié cette aberration sont bien connus: gains de productivité, d’échelle, décloisonnement, et autres stupidités dont l’inanité se vérifie autant au RSI qu’à Pôle Emploi.

Le RSI, c’est l’obligation pour tout indépendant d’entrer dans un système de mutualisation inventé pour les salariés.

Deuxième dérive: la généralisation forcée. Le RSI, c’est l’obligation pour tout indépendant d’entrer dans un système de mutualisation inventé pour les salariés. Que le salaire inclue une part de cotisation obligatoire qui est une rémunération différée se comprend. Mais que la rémunération de l’indépendant obéisse au même principe obligatoire, gérée par une caisse centrale unique, constitue une transposition absurde au monde du risque et de l’individualité d’un principe inventé pour la sécurité et la collectivité.

Troisième dérive: la haine de la responsabilité individuelle. Le RSI impose en effet une gestion uniforme du risque, à tarif unique, à tous les indépendants. C’est absurde! s’il y a bien une population qui assume la prise de risque, la différenciation, la non linéarité de la vie, ce sont les entrepreneurs. Quel esprit malade a bien pu nier leur prise de responsabilité individuelle en leur imposant une gestion collective de ce qui relève du choix éminemment libre?

Là où ces dérives manifestent clairement leur folie, c’est évidemment dans l’origine de leur transposition juridique: des esprits malicieux pourraient imaginer que seul un gouvernement pro-soviétique aurait pu vouloir imposer à des indépendants un régime de sécurité sociale bancal et sclérosant sur le modèle inventé en 1945. Mais pas du tout! c’est un gouvernement de droite, d’inspiration chiraquienne, qui a commis ce crime contre l’esprit d’entreprise.

Telle est le déclin français: ce qui se concevait comme une protection «de gauche» pour les salariés en 1945 est devenu, sous le poids du temps, une ardente obligation idéologique même là où elle n’a ni sens ni utilité.
LeFigaro.fr
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